Le Traitement Homéopathique - aussi bien une philosophie qu'une thérapie ?


Afin de pouvoir répondre à cette question, il est important de souligner le fait que la naissance de la médecine conventionnelle actuelle et l’homéopathie se fît au même moment (1790-1810).

La médecine d’alors, sous l’influence de la Révolution Française, subit une réorientation radicale qui la dirige vers l’analyse anatomo-clinique. La maladie est alors vue au travers de l’ensemble des symptômes qu’elle fait naître et évoluant de concert avec des manifestations intérieures au corps et, de fait, invisibles[1].

La sémiologie devient objective et impersonnelle, sans aucune préoccupation de l’aspect subjectif qu’éprouve le patient.


A contrario, l’homéopathie, même si elle aussi tient compte de l’ensemble des symptômes, y rajoute cette notion subjective de bien ou mal être qu’éprouve le patient malade. Par conséquent, dans cette approche thérapeutique, le médecin homéopathe prendra en considération comment est vécu la maladie par son patient, y mêlant le psychique au physique. Il porte un regard phénoménologique, terme philosophique qui apparaît au début du XXe siècle[2] et qui se définit par l’étude rigoureuse des phénomènes observés.


L’on peut distinguer ces deux approches différentes par l’étude des courants de pensées de deux grands philosophes qu’étaient Platon et Aristote.

Pour le premier, qui se range plutôt du côté de la médecine conventionnelle, il existe des modèles qui eux-mêmes se rangent derrière des éléments du réel, aboutissant donc à une description type de la maladie, avec une conception mécanique et pathologique où la maladie est la conséquence d’un facteur, aussi bien interne qu’externe, bien déterminé[3].

Quant au second, lequel voit les êtres d’une façon plus « multiple », il ne peut que suivre la thérapie et philosophie homéopathique qui prend en compte les individus, tous différents et singuliers, avec ici une conception de vitalisme et de santé prenant essence dans l’expression d’un équilibre interne[4].


En effet, la maladie est toujours suivi d’un mal être vécu par le patient qui lui indique que l’équilibre de sa force vitale est ébranlée. L’on pourrait d’ailleurs émettre le fait que toute subjectivité précède l’objectivité. Ce qui nous montre à quel point ces deux médecines sont liées et complémentaires. L’homéopathie va s’attacher à l’aspect fondamental, originel de la maladie.


Pour l’homéopathe, la santé s’exprime par le mouvement perpétuel de l’équilibre des fonctions vitales de l’organisme. Cet équilibre peut bien sûr être maintenu, mais aussi perdu puis retrouvé, mais également peut se redéfinir comme différent de son état antérieur. Cet équilibre n’est aucunement figé. L’étude de cette causalité du déséquilibre sera la base de la thérapie homéopathique, ce qui permet une réelle prise en compte du temporel avec la création d’un nouvel équilibre potentiellement différent de celui qui était présent chez le patient avant sa maladie.


Le corps et l’esprit de chaque être vivant fonctionnant ensemble, son équilibre évoluant en fonction de son environnement, de ses relations, de son hygiène de vie, il est essentiel de comprendre que l’un ne peut fonctionner sans l’autre. Le vécu passé, présent et l’avenir de chaque être doit s’identifier, s’analyser, afin de pouvoir apporter une thérapie en adéquation avec eux. Cette thérapie individualiste prend ainsi une dimension philosophique particulière, différente de celle de la médecine conventionnelle.


Cette philosophie thérapeutique se retrouve chaque jour dans le cabinet de l’homéopathe qui possède une approche méthodologique différente de celle de son confrère allopathique.


En termes homéopathiques, la constitution d’une personne comprend à la fois son aspect physique, émotionnel et intellectuel. Cette constitution et son semblable, lorsqu’elle s’accorde étroitement avec la même constitution que celle du remède homéopathique sélectionné, vont pouvoir apporter des solutions aussi bien préventives que curatives efficaces.


Comment le professionnel homéopathe va-t-il procéder ?

L’homéopathe va catégoriser ses patients selon leur propre constitution. En même temps qu’il examinera les symptômes de la maladie, il prendra en compte les aspects subjectifs qui sont les peurs, les aliments préférés, les conditions de vie en général, etc. du patient. L’aspect physique et psychique du patient permettront la sélection d’un remède homéopathique qui aura la même image constitutionnelle que celle dudit patient.


Lors d’un rendez-vous homéopathique il est essentiel que le professionnel dresse une « image constitutionnelle » de son patient laquelle devra être en accord parfait avec celle du remède.


L’analyse de chaque geste et mot employé par le patient, mais aussi son aspect physique, participeront à une vison globale de celui-ci, et apporteront une première suggestion quant au remède homéopathique le plus approprié qui devra être choisi.


Il faut toujours garder à l’esprit que l’analyse homéopathique commence dès le premier contact avec le patient, lorsqu’il prend son rendez-vous, comment le prend il, quel est son comportement au sein du cabinet, dans la salle d’attente, la façon dont il se tient sur sa chaise, ses caractéristiques morphologiques, son style, etc…


Prenons l’exemple d’un cas clinique. Une patiente, Madame X, prend rendez-vous dans un cabinet homéopathique.

Le jour de la session, Madame X entre dans la salle d’attente et remarque des toiles signées d’un même artiste. Lorsqu’elle rencontre le professionnel homéopathe, elle lui demande qui est cet artiste qui a peint toutes ses toiles qui sont exposées dans la salle d’attente. L’homéopathe lui répond que cela provient de sa fille. Madame X va alors s’intéresser à la vie privée du praticien en lui posant diverses questions tel que sur le nombre d’enfants qu’ils ont chacun d’eux.


L’on peut, de suite, noter que Madame X semble être une personne loquace. Ce type de caractère nous fait alors penser au type Lachesis. Mais, Madame X qui paraît être aussi très sociable, pourrait s’apparenter à Pulsatilla. Sans oublier Phosphorus et Sulphur. Il est important de toujours garder en mémoire, qu’il ne faut absolument pas se tourner vers une seule image constitutionnelle dans un premier temps.


Il est alors tant de commencer un petit scénario afin de mieux visualiser notre patiente. Imaginons, Madame X est une femme dans sa soixantaine, très loquace, qui pose des questions qu’habituellement les patients ne posent pas lors de leur première visite au cabinet. Madame X a remarqué des toiles peintes par le même artiste et demande qui est-il au praticien. De là, elle entreprend une série de questions sur les enfants de celui-ci puis d’elle-même. Par conséquent, une première analyse nous tourne automatiquement vers Lachesis et Pulsatilla.


Dans un second temps, le praticien devra analyser les informations non-verbales que présente sa patiente.

Madame X est d’une corpulence ayant un léger embonpoint, avec une apparence de gonflement (oedémateuse), ainsi que le teint pâle. Une fois de plus, ces caractéristiques nous rapprochent de Lachesis. Cependant, il convient de continuer l’analyse car nous sommes qu’à son début.


Il est maintenant temps de poser quelques questions sur la vie de Madame X. C’est une auxiliaire de vie, qui aime s’occuper des personnes âgées. Elle décrit son activité d’un point de vue créatif et ne se cache pas d’exposer les problèmes qu’elle rencontre dans cette profession. Mais elle reste ambitieuse et souhaite avoir plus de responsabilités.

En tant qu’homéopathe il convient de s’intéresser à l’interprétation individuelle des mots employés par les patients. L’on peut sentir ici une certaine exagération dans les termes que Madame X emploie ce qui est une fois de plus un des caractères de Lachesis. Notons tout de même que cela pourrait aussi bien correspondre au type Syphilitique.


Madame X ne cesse de poser des questions et de répéter qu’elle est venue avec ses dernières analyses biochimiques. Il semble donc se confirmer que notre patiente est loquace, qu’elle utilise un peu l’exagération, et enfin qu’elle a un profil syphilitique.


L’examen clinique de Madame X montre une certaine raideur au niveau de son dos, et des genoux sensibles. Après analyse de l’anamnèse, et les réactions de Madame X, l’on sent bien qu’elle souhaite être prise en charge, avoir une certaine attention de la part de son praticien. Elle mentionne à plusieurs reprises qu’elle a déjà consulté un médecin homéopathe, dans un but intentionnel. Ce qui nous indique qu’elle n’est pas de type Pulsatilla lequel dit les choses sans intention particulière. Cette intention particulière relève de son miasme syphilitique.


L’ensemble des questions posées par le praticien homéopathe ne sont jamais accidentelles, mais suivant l’évaluation des réponses données par le patient. Chaque cas clinique homéopathique doit être conduit suivant une procédure active qui ressemble plus à une enquête. Les homéopathes sont comme des Sherlock Holmes ! Il est essentiel de bien discerner le vrai du faux, les voir comme ils sont en réalité et non comme ils souhaitent se montrer. Il faut se montrer prudent, discret et diplomate.


Passons à présent aux questions concernant le problème qui amène Madame X à consulter un homéopathe.

Vraisemblablement, Madame X a des ennuis au niveau de son « système nerveux ». Elle explique qu’elle a subit un trop grand effort physique avec beaucoup trop d’obligations. Ses pieds et son dos lui ont posé beaucoup de soucis. Elle a pris plusieurs analgésiques, jusqu’à sept par jour. Elle mentionne également que son époux est décédé une semaine après le mariage d’une de ses filles.


Madame X semble donc une personne très fatiguée. Elle éprouve une certaine difficulté pour marcher mais elle souhaite le faire quand-même pour ses petits-enfants. Par ailleurs, les résultats de ses tests biochimiques indiquaient un petit souci au niveau de son foi, ce qui lui a permis de stopper la prise d’analgésiques il y a maintenant deux ans. Elle a aussi été diagnostiquée avec de l’hypothyroïdisme, pour lequel elle a suivi un traitement spécifique (T4).


Suivant ce nouvel échange, nous nous rendons compte que Madame X est une mère qui a beaucoup donné d’elle-même durant toute sa vie pour ses proches. C’est une personne qui semble toujours se plaindre d’être fatiguée du fait qu’elle passe toute son énergie pour autrui. Elle a marié ses filles, elle a fait ça et ça pour un tel et un tel….etc. Madame X semble prendre le rôle de victime qui n’a de cesse d’aider les autres. La prise de tant d’analgésiques par jour, le fait qu’elle ne puisse, à la fois, marcher mais elle précise qu’elle ne cesse de travailler et travailler encore. Une fois encore cela nous renvoie une image d’exagération, une syphilitique exagération (luèse), qui ne correspond donc pas au Pulsatilla.

Nous avons donc ici un cas clinique de type Lachesis.


De plus, durant l’historique de ses problèmes médicaux, nous avons pu noter que ceux-ci avaient commencé suite à un déclencheur bien précis qu’est celui du décès de son époux, son épuisement au travail et à le fait de toujours prendre soin de l’ensemble de sa famille. Ce profond attachement à la famille marque encore une caractéristique de Lachesis.


Afin de pouvoir être sur du type constitutionnel approprié et de sa similitude avec le remède choisi, il est temps de poser des questions de reconfirmation.

Nous pensons que notre cas est Lachesis, donc nous allons conduire ce dernier questionnement dans ce même sens pour confirmation.

Par exemple, nous pouvons demander à Madame X si lorsqu’elle se lève le matin, cela se fait-il de façon confortable ou non, comment se sent-elle, qu’est-ce qui améliore ou aggrave ses sensations, etc. Si elle ressent une certaine aversion lorsqu’elle porte des vêtements serrés, si lorsqu’elle se lève elle ressent une sensation d’étouffement durant la nuit, et si elle se sent fatiguée lorsqu’elle dort pendant plusieurs heures. Toutes ces questions ne sont pas posées de façon aléatoire, mais parce qu’elles sont des caractéristiques propres au Lachesis.


En homéopathie, lorsqu’une maladie apparaît, les symptômes sont vus comme étant une tentative du corps de réajuster or d’éliminer un déséquilibre dans l’énergie vitale.

La parfaite connaissance du type constitutionnel du patient va profondément aider le praticien homéopathe dans son choix du remède le plus approprié pour son patient.


Cependant, l’on peut aussi distinguer la maladie aigüe de la maladie chronique. Dans la première, tels qu’un rhume, une indigestion, le remède homéopathique apporte une solution rapide, et le choix dudit remède employé ne dépendra pas de cette connaissance du type constitutionnel du patient. Au contraire, lorsque nous sommes en présence de maladie chronique, telles que l’arthrite, et autres maladies dégénératives sur le long terme, celles-ci sont plus délicates à traiter. Le choix du remède homéopathique sera alors plus compliqué et dépendra principalement du type constitutionnel du patient.


Malgré tout, dans chacune des situations aigüe et chronique, le praticien homéopathe étudiera la personne sur son ensemble (corps et esprit) avant de découvrir l’origine de ce déséquilibre énergétique.


Cet aspect subjectif, philosophique de la pratique de l’homéopathie s’avère donc être essentiel dans la maladie chronique, où les prescriptions constitutionnelles aident à révéler les facteurs, les causes de ces maux. Ceci permettra aussi au praticien homéopathe de s’assurer de l’efficacité de son traitement dans le recouvrement de l’équilibre énergétique de son patient.


Là où la médecine conventionnelle diffère, est dans le fait que l’homéopathe va non seulement s’attacher au diagnostic physique, mais va en plus poser des questions plus subjectives sur les aliments consommés par son patient, l’environnement dans lequel il vie et évolue chaque jour, quelles sont les choses qui le stress ou au contraire l’apaise, comment ressent-il ses maux, qu’est-ce qui les aggrave ou améliore, etc. La prise en compte d’un profil physique et mental du patient marque la pratique philosophique et thérapeutique de l’homéopathie.

[1] Lemaire J.- F. - La médecine au temps de Napoléon, Édition du nouveau monde, Paris, 2003. [2] Mouvement philosophique fondé par Edmund Husserl en 1910. [3] Schuhl Pierre-Maxime. Platon et la médecine. In: Revue des Études Grecques, tome 73, fascicule 344-346, Janvier-juin 1960. pp. 73-79. [4]P.J. van der Eijk, Medicine and Philosophy in Classical Antiquity, Cambridge, 2005, p. 263-264.

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